Médi’Âne
Le fruit de rencontres
Au début des années 2000, Nadège CHAMPEAU, éducatrice spécialisée et ânière, s’investit sur le premier poste salarié de l’association Liâne (44). Insuffler le lien avec l’âne, c’est le projet de Liâne depuis 1995. Avec l’arrivée de Nadège, différents projets éducatifs, pédagogiques ou thérapeutiques se développent. Participant à la vie associative de Liâne et portant intérêt au travail engagé, Manée BAJEUX-SEVERIN tente l’aventure en tant que psychomotricienne. Une activité hebdomadaire se construit entre Liâne et l’institution où travaille Manée. S’installent alors de longues heures d’écritures, de recherches, de reprises de séances sur ce que se vit, s’éprouve, se joue, se formule et se structure. La curiosité les pousse à aller vers d’autres expériences.
C’est ainsi qu’un lien se construit vers Serge BRUNEAU et son expérience d’ânier au Pas d’Âne (14) où il cherche à développer l’accueil d’institutions spécialisées. Il nous introduit auprès de Jean-Philippe CARTON, éducateur technique en région dunkerquoise (59), à l’origine au sein même d’un Institut Médico-éducatif, d’une activité asine dans un projet d’accompagnement éducatif et pédagogique auprès d’adolescents.
Lors d’un salon agricole, nous croisons Jacques CLOUTEAU, personnage notable du monde de l’âne, qui nous propose d’écrire notre vision de l’activité asine dans des projets d’accompagnement spécialisé sur bourricot.com. Le terme d’asino-médiation prend naissance pour couvrir la diversité des projets qu’ils soient éducatifs, pédagogiques ou de l’ordre du soin, au regard du terme asino-thérapie lié à des accompagnements psychothérapeutiques.
Nous ferons connaissance de Martine JOUCLAS de l’Ânerie (46) autre personnage médiatique du monde de l’âne. Elle crée la première location d’ânes en France en 1980 et, initie en 1990, avec d’autres âniers, la Fédération Nationale Âne et Randonnée, la FNAR. En 1994, elle met en place le premier centre de formation ânier qui se développe en 2011 sous l’égide de l’Union Nationale des Âniers Pluriactifs, l’UNÂP.
Nous rencontrons aussi la complicité d’Irène VON PONSEELE, l’une des premières professionnelles du médico-social, à avoir fait connaître l’apport d’activités asines dans des projets d’accompagnement éducatif et nous invite à en faire relais.
Le bouche à oreille commence, les visites se succèdent à Liâne. S’anime alors l’envie entre professionnels du monde de l’âne, du social, du soin, du pédagogique, de se retrouver ensemble pour échanger, se connaitre, raconter son histoire d’âne, son parcours.
MEDI’ANE prend naissance en septembre 2002, en Loire Atlantique, et nous nous mettons à l’ouvrage avec Kristof MOREAU, éducateur spécialisé et ânier, pour projeter une première Rencontre en médiation asine en juin 2003. Plus de 30 personnes se réunissent pour une semaine consacrée à la médiation asine « L’âne dans un travail de lien social », en compagnie du troupeau de Liâne et de Concord’âne (44). Dès le départ MEDI’ANE sort des frontières, la Suisse, le Canada et la Belgique participent à ce premier rendez-vous. De l’hétérogénéité des parcours, des professions, des expériences, il émerge sans nul doute le fait que l’âne est rassembleur par la passion qu’il déclenche et l’intérêt que sa présence suscite dans un contexte de projet social.
Depuis 2003, MEDI’ANE évolue dans le mouvement d’un réseau de professionnels du monde de l’âne, de l’accompagnement spécialisé et du soin, convaincus que le contact et les mobilisations avec l’âne, peuvent installer un espace, un climat propice à la rencontre de soi, de l’autre, au-delà de ses différences et de ses nécessités spéciales.
Pour penser cet espace possible de relation d’aide et d’accompagnement, MEDI’ANE fait relais de ce qui émerge des activités mobilisées lors de temps de formation, d’échanges, de rencontres, de travail d’études et des pratiques de terrain.
En 2005, la terminologie « médiation asine » fait consensus auprès des praticiens attestant que ce dispositif est pensé et mis en œuvre par l’humain dans le cadre de l’accompagnement de personnes en difficulté d’adaptation. L’âne de son côté coopère sous certaines conditions et dans une disposition où il sera en confort comportemental au cours d’ interactions avec l’humain.
A la fin des années 2000, une définition de la médiation asine va apporter une référence commune aux praticiens du réseau MEDI’ÂNE « Recherche d’interactions positives issues de la mise en relation, de manière intentionnelle et réfléchie, humain-âne en vue, notamment, de produire un changement bénéfique chez l’individu présentant certaines difficultés d’adaptation ». A ce titre, la médiation animale avec l’âne constitue un ensemble de situations pensées, construites, cadrées et évaluées qui s’inscrivent dans une démarche d’accompagnement plus globale. Sous certaines conditions, les objectifs de ce dispositif peuvent être sociaux, éducatifs, thérapeutiques ou liés à la recherche. Il s’agit, en situation, de prendre en compte le monde du vivant à travers les acteurs que sont l’humain et l’âne interagissant de façon dynamique dans un certain contexte. Dans cet écosystème fonctionnant autour de 4 dimensions, l’âne y est investi en coopération avec ce qu’il est, sa nature, son mode de fonctionnement, son histoire dont celle d’animal domestique, sa singularité et sa réalité du moment.
Le travail d’études entre pratique et théorie est une constante parmi les différentes personnes qui se sont investies sur MEDI’ÂNE et celles qui aujourd’hui œuvrent à étayer le cadre et les compétences nécessaires du dispositif que recouvre la médiation asine.
