L’aventure des structures asines


 
Histoire de racine
La plupart des sites proposant des activités en médiation asine sont développées sur le lieu où vivent les ânes. La nécessité d’espaces naturels répond aux besoins de la nature territoriale de l’âne dont le caractère se révèle plutôt indépendant du groupe dans lequel il n’existe pas vraiment de hiérarchie (J-C Barrey, éthologue, cours DURAMA 2013). Ces lieux sont généralement développés sur d’anciennes fermes constituées d’une habitation privée, d’une cour desservant d’anciens bâtiments et terres agricoles. Ils sont porteurs d’histoires singulières où la vie de l’Homme s’entremêlait à celle des animaux et de la terre au rythme des saisons. Dans les motivations des personnes qui mettent en œuvre des activités asines, il y a cette idée d’un retour à la terre à un rythme plus adapté à la nature humaine. Renouer avec des gestes simples et essentiels, retrouver ses racines, maintenir ou faire revivre un patrimoine familial, sont souvent exprimés. La présence de l’âne est également évoquée comme une trace importante de l’histoire des personnes. Récemment, un inspecteur vétérinaire italien, me racontait l’histoire de son grand-père vendeur de chevaux, qui confiait à ses petits-enfants le soin de ses ânes qu’il considérait plus sûrs que ses chevaux. Ou encore cette éducatrice qui raconte, la présence de l’âne aux côtés du chien à l’intérieur de la cour carré d’une ferme du Nord. Il était employé à quelques travaux de labour, de débroussaillage ou le transport de marchandises. Il faisait la joie des enfants pour un tour en charrette mené par leur grand-père.
Le nom des structures ânières est aussi très parlant et témoigne souvent d’une représentation, d’une ambiance, d’une idée portée par la nature de l’âne. Ces noms donnent comme une empreinte à l’histoire singulière d’une rencontre avec l’âne auquel s’associe un projet de médiation : Piân’Piâne, Au pas de l’âne, Zân’attitude, Keryâne (maison de l’âne en breton), Concrord’âne, Escapâne ….
Création des activités de médiation
Au début des années 80, un mouvement de réhabilitation de l’âne et de revalorisation de son image s’exprime par la création d’activités de randonnée. Après avoir été un animal besogneux, endurant et souvent corvéable à merci, que ce soit dans la vie rurale ou d’échanges marchands, l’âne devient animal de compagnie et de loisirs (Jeanine Carette). Ce nouveau contexte entre l’Homme et l’âne va générer un autre regard sur cet animal que l’on affublait de nombreux défauts. Au niveau culturel, l’âne bénéficiait d’une meilleure estime en Orient qu’en Occident, où il était souvent mal considéré (Irène Van De Ponseele). On lui reconnaît aujourd’hui des capacités importantes de réflexion et de mémorisation dues à son caractère plutôt indépendant (J-C Barrey, cours DURAMA 2013)). Il est prudent, persévérant, curieux et placide. Il a un rythme calme, stable et peu envahissant (Jeanine Carette). S’il est en confiance, il apprend et devient un excellent compagnon de voyage.
La plupart des projets en médiation asine, ont été générés par l’envie de faire découvrir l’âne et de valoriser son image. Au cours d’expériences de randonnée, les liens tissés avec l’âne ont été révélateur de ses qualités dans sa relation avec l’humain. Des rencontres entre des âniers, loueurs d’ânes, et des professionnels du médicosocial, autour de séjours de vacances, ont été également porteur de projections quant à la place de l’âne dans le champ des médiations animales, comme le sont d’autres animaux de compagnie. C’est au milieu des années 90, qu’Irène Van De Ponseele, éducatrice spécialisée et ânière, fera connaître les premières expériences de travail en médiation asine.
Développement des activités de médiation
Dans les projets de médiation asine, la diversité est vraiment une donnée constante que ce soit du côté des initiateurs de projets ou des populations bénéficiaires. Au niveau des porteurs de projets, on trouve des professionnels du monde agricole qui veulent diversifier leur travail vers une activité sociale, des personnes qui souhaitent changer totalement leur environnement de vie et de travail, et des professionnels du social qui se positionnent hors système institutionnel. Il y a à la fois cette idée de maintenir ou redonner vie à la ruralité, de vivre en meilleure harmonie avec un environnement proche de la nature et de la vie animale, de favoriser l’échange dans des rapports plus authentiques, de créer un lieu de lien social. Le développement des activités de médiation génère pour la plupart des structures la réalité d’une fonction à doubles compétences celle de l’ânier et celle de l’animation des séances, voir de co-accompagnement des personnes bénéficiaires.
Du côté des bénéficiaires, la diversité implique des projets allant du loisir adapté, à l’accompagnement éducatif ou à des démarches de soin. Les institutions et les professionnels ont également un cadre et des fonctionnements spécifiques. Les adaptations des activités asines sont permanentes tant au niveau du type d’accompagnement en fonction des métiers et missions des accompagnateurs que des bénéficiaires par rapport à leur âge, leur pathologie, leur handicap, leur situation. Les projets vont de la simple balade au travail étayé de l’activité, du suivi des personnes et de l’évolution du projet.
Contractualisation du travail
Au fur et à mesure des évolutions du travail en médiation asine, les structures établissent un cadre de plus en plus défini où on détermine d’avantage les situations de loisir ou d’activités occupationnelles d’avec un réel travail de médiation. Ce dernier nécessite l’établissement d’un projet écrit, commun aux différents acteurs de la situation de médiation. Les objectifs de l’institution doivent pouvoir se mettre en lien avec les possibilités de situation pouvant se développer avec les ânes. On perçoit nettement dans ces rapports d’échanges et d’élaboration que les activités asines sont projetées du côté des institutions, comme support à la mise en œuvre de certains objectifs de projets d’accompagnement à visée pédagogique, éducative ou de soin. Des temps de reprise de séances, de bilan de l’activité sont inclus dans le travail. A l’occasion de ces bilans l’animateur-ânier peut se trouver sollicité à participer à des réunions élargies à d’autres professionnels de l’institution ou service.
Les valeurs
De manière plus générale, une maturité des projets, des conditions d’accueil et des activités sont de plus en plus tangibles. Pour poursuivre, les structures asines qui accueillent des personnes en situation de handicap, sont confrontées à une exigence de plus en plus forte, de la part des organismes financeurs de l’action éducative, sociale et médicosociale. Ainsi les projets argumentés, suivis et évalués conditionnent l’obtention d’agréments et de subventions. Des chartres déclinent les valeurs qui sous-tendent l’éthique mis en place dans l’accompagnement des personnes accueillies et le bien-être animal. Ces outils permettent aux structures asines d’être identifiés dans leurs offres de services et repérées dans leurs capacités d’accueil et d’accessibilité.
Le sens de toutes ces démarches repose sur une double intention l’une à réintroduire l’âne dans le paysage animalier rural, l’autre destinée à mieux intégrer la personne en situation de handicap dans du tissus social. D’une part, il y a l’intention de réhabiliter la place de l’âne auprès de l’homme, de revaloriser son image et ainsi de maintenir sa présence dans la diversité animale en campagne. D’autre part, il y a l’intention de créer une mise en lien Homme-Animal afin de favoriser chez la personne accompagnée la valorisation d’elle-même, restaurer l’estime d’elle-même, et concourir à développer ses prises de position au quotidien.
Les moyens (Poste d’animateur-ânier)
La pérennisation de poste d’animateur-ânier est de plus en plus visible. Cette fonction est de plus en plus structurée dans une double compétence qui est souvent soutenue par des membres de l’association ou des personnes ressources. Ces aides sont déterminées en fonction de l’importance des activités, des besoins au niveau des ânes et des améliorations matérielles à réaliser.
Les conditions de vie des ânes
Les conditions de vie des ânes est une priorité pour les structures asines. Elles déterminent des éléments de bien-être en termes de nourriture, d’abris, de détente, d’activités, de repos de l’animal. Il est d’importance de bien différencier les lieux où vivent les ânes et ceux utilisés pour les soins, le pansage, les apprentissages et l’éducation. Répondre au mieux aux besoins élémentaires des ânes permet une meilleure disponibilité de l’animal au travail de médiation.
Depuis 2003, le puçage de l’âne est obligatoire. Les propriétaires d’âne doivent avoir au minimum un carnet de santé pour chaque animal avec son descriptif et son identification, signé par un vétérinaire. Il sert dans le suivi de la santé de l’âne. Trois vaccins sont obligatoires, celui de la grippe, de la rage et du tétanos. La vermifugation s’effectue en général au changement de saisons et les traitements des parasites externes sont souvent nécessaires au printemps et en été. Le soin et le parage des sabots sont importants pour éviter les boiteries.  L'âne est un animal rustique et robuste, mais mieux adapté aux régions sèches, il peut être fragilisé par le froid, l’humidité, un herbage trop gras par exemple.
Les espaces de la médiation
Au niveau des espaces investis pour les activités de médiation, on va retrouver des lieux déjà existants dans la vie et le travail avec les ânes : espace d’accueil en extérieur et intérieur, avec des aménagements pour faciliter les déplacements, les divers espaces de mobilisation avec l’âne (le champ des ânes, un espace de contact en dehors du celui des ânes), l’espace de pansage, la sellerie, un parcours aménagé pour le déplacement en longe voir un autre pour un travail aux longues rênes et des sentiers alentours, une grange parfois). Une configuration d’espaces est présente dans la plupart des structures qui s’adapte aux besoins des bénéficiaires et offre une large palette de propositions de situations. Celles-ci s’élaborent en fonction de l’orientation du travail, du vécu des bénéficiaires et de leurs potentialités. Elles peuvent aller du simple contact, à la mise en lien, au toucher et à l’échange. Elles peuvent évoluer vers des mobilisations actives ou passives (détente-portage) et déboucher sur des activités motrices de déplacements et d’orientation. La séance de médiation est marquée par un temps d’ouverture et de fermeture de la séance.
M-R Séverin le 13 mai 2013
 

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